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Rapport 2016 de l’ITIE : À Zabré, Burkina Mining Company à la barre !

LEFASO.NET | Tiga Cheick Sawadogo

mercredi 19 septembre 2018

Le passage dans la commune de Zabré, province du Boulgou, a été l’un des tournants de la dissémination du rapport 2016 de l’Initiative pour la transparence des industries extractives -Burkina Faso (ITIE-BF). L’une des taches noires du rapport est la non-déclaration des payements de la société minière BMC (Burkina Mining Company) installée dans ladite localité. À cette étape, ce 18 septembre 2018, les débats ont été houleux entre populations affectées par l’activité minière, responsables de la mine et autorités locales. Mais au finish, des applaudissements et de chaudes poignées de main...

Rapport 2016 de l’ITIE : À Zabré, Burkina Mining Company à la barre !
Dans le cadre de l’élaboration du huitième rapport (2016) de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives au Burkina Faso, seize sociétés minières devraient communiquer, au consultant indépendant, ce qu’elles ont payé à l’État ; les sommes déclarées devant être confrontées avec ce que les services de l’État vont également déclarer avoir reçu.

C’est un principe de transparence. Malheureusement, toutes les sociétés ne s’étaient pas exécutées, laissant ainsi un point noir dans les pages blanches du rapport du Burkina Faso, pour l’exercice 2016. Des marges de 2% sont tolérées pour les pays qui adhèrent à l’ITIE, alors que le Burkina est à 9,63%, soit un écart de 15,382 milliards. « Quand les écarts sont négatifs, cela met en doute la crédibilité de notre rapport », nous avait confié Dr Sidiki Guiré, chargé des rapports à l’ITIE-BF. Cette situation avait certainement fait perdre des points au Burkina, pourtant dans une bonne dynamique depuis quelques années.

À l’étape de Zabré, commune dans laquelle est installée BMC (Burkina Mining Company), ladite société minière, a priori mauvaise élève en termes de transparence, était attendue « à la barre ». Enfin, elle a pu donner sa version des faits, à travers ses représentants. « La mine de Youga était la propriété de Endeavour.
Sous cette société, la fin de vie de la mine était prévue pour 2015. Mais une autre société a procédé au rachat de la mine, courant mars 2016. Il y a donc une nouvelle direction qui a été mise en place et a essayé de restructurer la maison et de voir comment faire pour augmenter les ressources. Cette restructuration a occasionné des départs d’un certain nombre de personnes dont des cadres qui étaient les contacts pour les rapports ITIE », a plaidé Honoré Ouédraogo, contrôleur financier de la mine.

Pour le financier donc, ce n’est pas une volonté délibérée de la mine d’entourer d’opacité ses activités. « Dès qu’on a vu le nom de la société dans le rapport, nous sommes entrés en contact avec les auteurs pour savoir s’ils ont vraiment pris attache avec la mine (...). Ils nous ont présenté les mails et les correspondances (...), on s’est rendu compte que ces personnes avec qui ils échangeaient n’étaient plus là. Il n’y avait donc pas de répondants », a-t-il poursuivi.

« Merci, ce fut une bonne explication. Nous sommes maintenant rassurés. Mais vous êtes désormais en contact avec nous. Soyez aux aguets, on va vous contacter pour 2017 », a répondu Dr Guiré à la suite du mémoire en défense de la mine. Il faut préciser qu’en dehors de BMC, quatre autres sociétés minières n’avaient pas respecté les normes.

Les éternelles questions et récriminations

Après la présentation du rapport 2016 faite par Marc Dabiré du ministère des Mines et des Carrières et Dr Sidiki Guiré de l’ITIE-BF, la salle de réunion de la mairie s’est transformée en agora. L’éternel problème de recrutement des jeunes des localités abritant les sites par les sociétés minières a ressurgi. Les désagréments causés par l’exploitation minière, notamment aux populations de Youga qui, a contrario, ne bénéficieraient pas des retombées, ont été également abordés.

Pour le maire de Youga, son village subit tous les travers de l’exploitation minière, plus que les 43 autres villages de la commune. Il ne comprend donc pas pourquoi sa localité n’est pas mieux logée dans la répartition des taxes, et pourquoi la mine n’investit pas dans les infrastructures au profit des villageois.
Une occasion pour l’adjoint au maire de préciser que la commune a fait des investissements à Youga avant l’entrée en activité de la mine. Des écoles et autres infrastructures y sont construites. Les 78 millions perçus par la commune en 2016, au titre des taxes versées par BMC, servent à tous les 44 villages qui composent la commune de Zabré.

Quant à l’employabilité des jeunes de la localité, Dr Sidiki Guiré a demandé à la population de relativiser. Il faut plutôt parler de nationaux embauchés par la mine, comme cela est indiqué dans le rapport. Tout comme il y a des jeunes de la province du Boulgou qui sont employés loin de là, par exemple à Essakane, il faut aussi accepter que des ressortissants d’Inata ou de Houndé travaillent à Youga. Mais il a reconnu que pour certains emplois dont une qualification spéciale n’est pas requise, les jeunes de Zabré devraient être priorisés.

Dissémination du rapport ITIE, une catharsis

Les discussions qui suivent la dissémination du rapport donnent lieu à des séances de discussions à l’issue desquelles les différents acteurs se comprennent. Alphonse Lieré, de l’Éveil citoyen pour le développement, une organisation de la société civile de Zabré, reconnaît que les rapports n’ont pas toujours été au beau fixe avec la mine. En mars dernier, une marche de protestation contre elle a même eu lieu.

À l’issue de la séance de dissémination, il a estimé qu’il y a surtout eu un déficit de communication. « Au niveau local, les populations ne voyaient que la mine, alors que parallèlement, on voit que la mine a des rapports étroits avec l’État ; elle paye des impôts, des taxes. (...) Chaque commune devrait aussi, à travers les services de communication, donner des informations à la population », a ajouté Alphonse Lieré.

Pour Oussou Zampou, préfet du département de Zabré et président du comité local ITIE-BF, cette démarche est à saluer parce que « les industries minières cristallisent des attentes, nourrissent des espoirs ». Par conséquent, a poursuivi le préfet, la question de transparence devient la règle d’or.
« Sans ce rapport, on a l’impression que les industries nous exploitent et ne font rien, et pourtant, il y a une contribution au budget de l’État qui mérite d’être communiquée à l’ensemble des acteurs. (...) Il y a la jeunesse qui pose des problèmes d’emplois et estime que la contribution de la mine au développement local n’est pas visible, mais ce rapport a permis de clarifier les choses et de nous rendre compte », a martelé Oussou Zampou.

Lire aussi transparence dans l’extraction minière : la population de mogtédo voit désormais clair

Tiga Cheick Sawadogo
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